mercredi, mars 22, 2006

Les immigrants du bout du monde - Amérique du Nord

Il y aurait présentement cent soixante-quinze millions de personnes vivant hors de leur pays de naissance. C’est la nouvelle figure de la mondialisation 1 . Diverses raisons poussent les gens à émigrer; des gens de toutes catégories sociales et professionnelles. Le monde a changé et la planète est devenue au sens strict un village global. L’éclatement des frontières a fait émerger un nouveau paradigme : nous sommes, dans une certaine mesure, chez nous, quel que soit l’endroit de la terre.

Les Maghrébins et les Algériens en particulier ne sont pas du reste. L’expression diaspora algérienne n’est pas de trop à cet égard. Aujourd’hui, les Algériens sont présents en Europe bien sûr, en Afrique, en Asie, en Australie et en Amérique du Nord.

C’est cette dernière région qui a intéressé Omar Abdelkhalek avec son nouveau livre Les immigrants du bout du monde — Amérique du Nord, paru aux éditions Melonic 2 .

L’auteur nous propose de découvrir des Maghrébins qui ont refait leur vie avec succès sur le sol américain. Lui-même algérien d’origine, Omar Abdelkhalek nous présente le parcours d’une soixantaine de maghrébins, surtout d’Algériens qui ont réussi à s’insérer professionnellement dans la société nord-américaine. Seul le travail en effet, permet l’intégration pleine et entière dans la société d’accueil.

L’auteur tient à rappeler dans la préface que « les nouveaux arrivants tombent dans le piège de l’incertitude et de la frustration. Les obstacles sont nombreux, la difficulté à concrétiser les projets qui les tiennent à cœur et pour lesquels ils ont émigré. La plupart se retrouvent dans les manufactures ou s’accrochent à l’aide sociale. Ils ont du mal à démarrer parce qu’ils n’ont ni repère ni passé dans le pays qui les accueille. Leur passé est dans leur avenir : des études à refaire et une expérience à ramasser dans un système économique ou l’emploi est verrouillé par les puissants ordres d’Amérique du Nord

Les portraits qu’il brosse, de ceux qui sont passé à « un statut inespéré »,
méritent d’être médités. En effet, rien n’est offert gratuitement. Rien n’est facile. La volonté, la motivation, le sens des opportunités à saisir sont peut-être des qualités nécessaires à tout immigrant qui veut réussir. J’ajouterai le désir d’apprendre et l’ouverture à la culture de la société d’accueil.

Certaines de ces personnalités demeurent inconnues en Algérie comme au Maghreb en général. Leur réussite professionnelle, d’une certaine manière, a de quoi inspirer ceux, parmi les immigrants, qui sont à la marge.

Le but de l’auteur à travers ce livre est de «raconter l’aventure des immigrants qui ont fait un choix de vie aux conséquences imprévisibles, s’établir loin du pays d’origine et de la culture qui a bercé leur jeunesse. Ils ont, dans la douleur, rebâti une autre vie sur celle qu’ils viennent d’abandonner. »

Nous découvrons ainsi — je dirai avec passion — l’itinéraire des peintres Ali Kichou et Malika Preure, Bachir Halimi, brillant informaticien, Omar Aktouf et Taïeb Hafsi, professeurs et auteurs au HEC, Aomar Ouali, vice-président de Ratiopharm, la chanteuse Linda Thali et l’incroyable destin de Mourad Djemaï qui a refait sa vie dans la Baie James au sein du peuple autochtone. Il y a tant d’autres encore guidés par la seule détermination qui ont atteint la notoriété.

Les Algériens n’ont encore aucune influence au Québec, encore moins au Canada. Ainsi que le souligne Mustapha Chelfi directeur du journal Alfa, dans un numéro de mars 1997 : « Au Canada, on parle de la communauté algérienne par commodité de langage. Si vous cherchiez cette communauté, vous ne la trouveriez pas. » Ainsi, la réussite n’est et ne peut être encore pour longtemps que personnelle.

La plupart des chapitres de l’ouvrage sont issus d’articles publiés dans Le Quotidien d’Oran ( Algérie) et le mensuel Alfa, journal de la communauté maghrébine au Canada. Livre instructif, il laisse néanmoins sur sa fin à cause de certains chapitres d’inégale valeur. Une recherche à poursuivre donc. L’auteur a voulu faire œuvre utile en faisant « prendre conscience aux gens que l’espoir est toujours permis quand d’autres personnes apportent des témoignages de leur vie et partagent avec vous ces réussites exemplaires de détermination et de courage qui sont des leçons de vie. »


M.B.

1 Cf. l’intéressant Dossiers & Documents du journal Le Monde No 350 du mois de février 2006.
2 Omar Abdelkhalek, Les immigrants du bout du monde – Amérique du Nord, Éditions Melonic, Saint-Hubert (Québec, 2005).

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